Espace d’échanges de pratiques de codéveloppement pour valoriser les migrants comme citoyens et acteurs du développement ici et là-bas.

Données factuelles sur le projet
Développement local / Gouvernance
fr-FR
Association des ressortissants de la commune de Dafort en France (ARCD-F)
01-01-2004
Français (FR)
Association des Ressortissants de la Commune de Dafort en France (ARCD-F)
Les habitants de Dafort dans la Région mauritanienne du Guidimakha (notamment localités d’Alana et de Dara Doussou), dans une moindre mesure, les habitants de Louvres (Val d’oise, 9 000 habitants)
Conduite de l'action
Rassemblement des migrants originaires de Dafort en Mauritanie au sein d’une association de ressortissants créée en 2002 en France afin de pouvoir offrir un cadre structuré de collaboration avec la commune de Dafort en Mauritanie et la commune de Louvres en France pour la réalisation d’un projet d’accès à l’eau potable dans la localité d’Alana. L’association a joué un rôle de relais entre les migrants et les locaux et les deux communes françaises et mauritaniennes et a été impliquée directement dans le cadre de la coopération décentralisée unissant Louvre et Dafort. La dimension interculturelle de cette pratique s’incarne dans les capacités d’intermédiation de l’ARCD-F à échelle communale entre deux espaces, d’origine et de vie des migrants. Elle s’incarne également dans la réalisation d’une exposition photographique de portraits de ressortissants.
> En France : Depuis plusieurs décennies, les 600 à 700 ressortissants mauritaniens de Dafort en France (dont 450 résidents permanents) se sont mobilisés collectivement pour améliorer les conditions de vie de leurs familles dans les villages. Après la mise en place de la décentralisation en Mauritanie, le Maire de Dafort se rend en France afin de rencontrer les migrants, avec l’appui du GRDR (ONG implantée en Mauritanie et en France). Il leur présente le processus de développement local à l’échelle de la commune de Dafort. Certains migrants le retrouvent sur place lorsqu’ils partent en vacances : l’organisation à l’échelle de la commune prend progressivement sens pour tous.
En 2002, l’association des ressortissants de la commune de Dafort en France (ARCD-F) est créée et officialisée. Elle est complémentaire des 2 associations villageoises en France.

> En Mauritanie : L’émergence depuis 2001 des instances de concertation a permis d’asseoir une démarche de développement local participatif associant, en plus du conseil municipal, tous les autres acteurs de la commune à la prise en charge des problématiques les concernant. Depuis les élections de 1999, le conseil municipal de Dafort éprouvait des difficultés pour répondre à la demande sociale des populations. Cette situation s’expliquait à la fois par l’insuffisance de ressources au niveau de la commune mais également par le manque voire l’absence de communication et de concertation entre les populations et les élus locaux. Pour corriger ce déséquilibre, les autorités locales se sont engagées avec l’appui du GRDR, par la concertation, dans un processus de mise en œuvre des outils de planification de développement local.
Rappelons que le Maire est allé en France en 2001 et 2002 à la rencontre des ressortissants de la commune en France. Au cours de cette mission, les migrants ont pris connaissance du processus de développement local initié sur leur commune et la nécessité de leur participation à cette dynamique engagée. Cette rencontre a abouti également à la mise en place de l’association des ressortissants de la commune de Dafort en France.
> En France : La commune de Louvres décide de s’impliquer aux côtés de celle de Dafort pour la construction d’un puits à Alana.
- Le GRDR assure un rôle d’appui auprès de l’association des ressortissants de Dafort en France pour être un acteur professionnel du partenariat entre les deux communes. Plusieurs conventions de partenariat sont signées entre le GRDR et les communes de Louvres et de Dafort et entre l’association des migrants et les instances de décision décentralisées de Dafort.
- Le puits d’Alana est construit en 2004 et inauguré en 2005.
- Une rencontre de confiance entre le Président de l’ARCD-F et une jeune photographe japonaise a lieu par la suite. Elle donne naissance à la mise en lien d’abord individuel puis professionnel entre l’ARCD-F et le Rotary Club de Tokyo qui s’engage dans le soutien financier de la construction d’un second puits à Dafort (à Dara Doussou). Elle se traduit aussi par une exposition photographique de portraits de ressortissants de Dafort en France qui a été diffusée à Louvres dans le cadre de la semaine culturelle mauritanienne en 2009.
- La collaboration avec la photographe se développe : le Président de l’ARDC-F organise une mission en janvier 2005 en Mauritanie pour l’inauguration d’un puits à Alana financé par la Commune de Louvres et une participation aux réunions du Cadre de Concertation Communal et du Comité de Développement Local.
- Lors de la Semaine de la Solidarité Internationale 2007, l’ARCDe/F est intervenu dans le 20e arrondissement de Paris (siège de l’association) pour présenter le projet réalisé avec Louvres, et les processus de développement local à Dafort. + intervention en 2006 à l’Université de Poitiers auprès des étudiants du Master professionnel de migrations internationales, pour expliquer le rôle des migrants dans le co-développement.

> En Mauritanie : L’agent de développement local et les membres du cadre de concertation communal ont associé l’ARCD-F comme le 3e pilier du fonctionnement des instances décentralisées de Dafort. L’ARCD-F finance à 50% le poste de l’agent de développement local. Elle prend également en charge le financement des réunions de travail des membres du cadre de concertation communal de Dafort et de l’agent de développement local avec les partenaires du projet, ainsi que les déplacements de l’ADL. En contrepartie les membres du cadre de concertation communal de Dafort s’engage à envoyer les invitations à l’ARCD-F pour participer aux réunions de concertation, à relayer les comptes rendus des réunions de travail et les rapports d’activités auprès des membres de l’ARCD-F ainsi que des rapports d’étape de progression de la construction des puits. Enfin l’ADL s’engage à rédiger tous les documents de suivi de projet et de maintenir un contact permanent avec l’ARCD-F ainsi qu’à identifier les partenaires financiers locaux complémentaires. La Ville de Louvres a co-financé la construction du puits d’Alana et le Rotary Club de Tokyo celle de Dara Doussou.
Le GRDR en Mauritanie a appuyé l’ARCD-F et la commune de Dafort a réalisé les monographies territoriales nécessaires à la planification des projets d’accès à l’eau potable.
Le président de l’ARCD-F a identifié deux stratégies pour que les migrants continuent à se positionner dans les projets menés entre ici et là-bas. Des stratégies qui vont dans le sens d’une reconnaissance de leur place dans les réseaux et la société en France.
1. Renforcer les compétences partenariales de l’association, sa crédibilité vis-à-vis des structures en France
2. S’investir dans l’éducation au co-développement en France, notamment à Louvres.
L’ARCD-F souhaite apporter au partenariat avec la commune de Louvres sa volonté d’innovation et ses compétences en animation. Elle est appuyée dans ce sens par le GRDR en France dans le cadre du projet Educodev. La commune de Louvres a réaffirmé sa volonté d’appuyer les projets de développement de Dafort mais pour le moment ne s’implique que peu dans la valorisation des actions des migrants sur son territoire. Un chantier qui reste à conquérir !
Compétences
> Circulation de l’information entre la commune de Dafort et les partenaires au Nord (comptes-rendus de réunions, rapports d’activité…).
> Médiation auprès de la commune de Louvres lors d’incompréhensions au début du projet d’Alana, auprès du Rotary Club du Japon lors d’arriérés de salaires pour l’agent de développement local, la commune ne pouvant pas le prendre en charge à un moment donné.
> Les migrants sont représentés en tant que citoyens de Dafort dans le Cadre de Concertation Communal, parmi les autres acteurs de la commune là-bas – chefs traditionnels, femmes, jeunes, représentants des 17 villages .
> Appui de l'ARCD-F par le GRDR, ONG active dans les deux espaces de coopération du projet en France et en Mauritanie.
> La relation individuelle qui s'est établie entre le Président de l'ARCD-F et une jeune photographe japonaise a permis le cheminement vers le financement d'un nouveau projet de développement.
> Il ne s'agissait pas à proprement parlé d'une coopération décentralisée, mais plutôt d'un appui renouvelé de la commune de Louvres aux activités de développement de la commune de Dafort. Cet appui continue mais de manière ponctuelle, l'enjeu pour l'ARCD-F est aujourd'hui d'amener la ville de Louvres à jouer un rôle plus important dans la valorisation des actions de développement et des actions citoyennes des ressortissants de Dafort sur son territoire ou en lien avec d'autres communes françaises où sont implantés les ressortissants de Dafort.
> L'ARCD-F a participé à l'université du CRID en 2010 pour partager son expérience de coopération au développement dans le cadre des instances décentralisées de la commune de Dafort.
> Les actions de valorisation des activités de l’association à Louvres se sont traduites par l’organisation d’une semaine culturelle de la Mauritanie avec la Maison des Jeunes de Louvres en 2009. Malgré tout ces actions sont restées ponctuelles ; l’ARCD-F continue de mobiliser les élus de Louvres pour une implication renforcée des migrants dans les activités de citoyenneté de la ville.
illu_Dafort_agencedevtlocal_motofinparmmigrants.jpgillu_Dafort_concertation.jpgillu_Dafort_puits.jpgillu_Dafort_puitsAlana2004.jpg
Constats tirés de l’évaluation
Formulation d’indicateurs innovants valorisant les apports des mobilités humaines dans le développement des territoires
Impulsion de la coopération entre les communes de Dafort (Mauritanie) et de Louvres (France) par l’association des ressortissants de Louvres en France.
Faciliter l’implication des organisations de migrants dans la définition des objectifs de coopération entre deux territoires (encourager les collectivités locales à inclure les organisations de migrants dans leur processus de diagnostic initial conduisant à la définition des champs d’actions stratégiques afin d’aborder les problématiques de manière transnationale).
Mise en place d’un partenariat multi-acteurs pour l’organisation dans la mise en œuvre des échanges entre les deux espaces de coopération : organisation de migrants, collectivités locales ici et là-bas, ONG d’appui présente dans les deux espaces.
> Diversification des types d’acteurs dans la conduite de l’action (associations de migrants, ONG, etc.) en correspondance avec les secteurs d’activités concernés par la thématique de coopération.
> Renforcement des capacités en gestion de projet des migrants et sur les champs technique de l’action pour une pleine inclusion dans la réalisation de l’action aux côtés des partenaires et en collaboration avec les populations.
> Appropriation des processus de concertation locale et de développement locale par l’organisation de ressortissants via la facilitation de l’ONG d’appui.
> L’action se déploie simultanément dans les deux territoires de coopération en impliquant les ressortissants et leurs associations.
> L’organisation de ressortissants est appuyée localement dans son connaissance des processus de décision et de concertation locale dans les deux espaces de coopération.
Instauration d’un partenariat extérieur pour l’obtention de fonds privés (Rotary Club).
Effort d’une diversification des moyens financiers au-delà des ressources privées des migrants pour éviter une trop grande dépendance avec accompagnement de la compréhension du langage et des attentes des subventions (publiques ou privées).
> Evolution progressive de regard sur les migrants aussi bien à Dafort (au-delà de leurs capacités d’investissements financiers personnelles) qu’à Louvres (engagement associatif auprès de la commune favorisant l’ouverture du territoire à l’international).
> La participation des ressortissants des territoires d’origine dans la conduite de l’action favorisent des interactions fortes avec les populations locales (dans les deux pays, de résidence comme d’origine) et la possibilité d’accompagner un changement de regard ou de pratique pour une évolution durable des modes de faires localement (dans les deux pays).
> Encourager les organisations de migrants à s’impliquer/à organiser des actions de sensibilisation au développement ou de visibilité de leurs actions associatives dans les pays de résidence au-delà des communautés migrants et à destination du grand public.
Difficulté de pérenniser les actions entre les deux communes : les actions ont tendance à rester ponctuelles.
> Inclure les ressortissants des territoires de coopération des pays de résidence et d’origine dans le portage à long terme des actions du fait de leur capacité d’implantation double ici et là-bas.
> Organiser des missions régulières entre les deux espaces de coopération en y associant plusieurs acteurs locaux pour une rencontre entre homologues de territoire à territoire.