Espace d’échanges de pratiques de codéveloppement pour valoriser les migrants comme citoyens et acteurs du développement ici et là-bas.

Données factuelles sur le projet
Citoyenneté / Intégration
fr-FR
GRDR Migration, Citoyenneté, Développement
01-01-1992
Français (FR)
GRDR, professionnels socio-sanitaires, associations de migrants
Associations de migrants, habitants en région de Kayes, professionnels de santé et autorités sanitaires.
30 000 € pour une lettre vidéo (budget 2007)
Conduite de l'action
Des enregistrements audio-visuels, appelés « lettres-vidéo » réalisés par et pour les migrants de la région de Kayes au Mali venus en France, et leurs familles sont destinés à communiquer sur la prévention et le traitement du VIH/SIDA à Kayes. Les lettres vidéos, en tant que « remises de valeurs », sont un moyen de communiquer par-delà la distance géographique, notamment au sein des couples, dans un contexte parfois polygame, sur le VIH/Sida. Dans la mise en œuvre de l’outil, les migrants affirment leur rôle ici et là-bas.

Objectifs de l’action : Promouvoir les comportements préventifs auprès des populations migrantes contre le VIH/Sida ; promouvoir le rôle et l’implication des migrants dans la lutte contre le VIH/Sida ; maintenir et/ou rehausser le degré de connaissances relatif à la pathologie VIH et aux IST.
> En France : dans les années 1970, les migrants communiquent avec leurs familles par cassettes audio enregistrées ici. Le GRDR travaille sur la santé dans les foyers de travailleurs migrants depuis 1985. En 1992 née l’idée de faire le lien entre une activité de prévention et l’outil de communication. Dès 1990 le GRDR identifie les besoins spécifiques en prévention des maladies transmissibles dans les foyers. les migrants font l’objet d’enquêtes sur le VIH/SIDA dans les années 2000. Dans les politiques sanitaires françaises, ils sont considérés comme populations vulnérables « cibles » de prévention.

> Au Mali : des migrants qui rentrent temporairement apportent des cassettes audio aux familles. Les familles de migrants écoutent les cassettes, réenregistrent des nouvelles actualisées et les font circuler. Le GRDR travaille dans le secteur de la santé en région de Kayes depuis 1986 (programme Santé Kayes). En 1996 le GRDR met en place un programme de prévention santé Kayes et y inclut la prévention du VIH/SIDA.
> En France : concertation et planification : les migrants débattent du contenu du film de prévention au sein d’un groupe de travail. Ils se forment à la prévention en préparant la vidéo. Les acteurs de prévention ici sont associés au groupe (médecins, professionnels de santé, associations de lutte contre le sida, etc.). le GRDR en France organise le groupe de travail, met en contact les acteurs, anime les débats du groupe. Mise en œuvre : les migrants définissent le « script » de la vidéo (discours libre) ; ils témoignent devant la caméra, ils interviewent les professionnels de santé, quelques-uns touchent au tournage, ils valident activement la version finale au montage et participent à l’écriture du livret pédagogique. Le GRDR en France porte le projet auprès des bailleurs, il met son appui technique à disposition, il organise les débats notamment dans les foyers et autres lieux de vie des migrants et il produit la lettre vidéo accompagnée de son livret. Des professionnels de santé apparaissent dans les lettres vidéo. Un réalisateur professionnel est mobilisé. Les lettres vidéos circulent environ trois fois aller-retour, le cycle de conception dure un an. Les premières images donnent lieu à des débats là-bas, qui sont à leur tour filmés et débattus ici, etc.

> Au Mali : concertation et planification : depuis 2003, le GRDR coordonne un programme sur le « double espace » : Solidarité Santé Kayes (PSSK) ; c’est un cadre pour approfondir le rôle des migrants en prévention là-bas et les partenariats. Un jumelage hospitalier est conclu en 2002 entre l’hôpital de Saint-Denis (93) et l’hôpital de Kayes. Le VIH/SIDA est une problématique importante sur les deux espaces. Les lettres-vidéo s’inscrivent dans cette dynamique solidaire élargie. Mise en œuvre : les familles et proches des migrants visionnent la lettre-vidéo, leurs réactions sont filmées et envoyées aux migrants. L’association Inter-Centres de Santé (AICS, 24 centres) est associée lors de ces réponses. le GRDR à Kayes assure la circulation de l’outil ; il organise les projections débats.
> En France : les migrants membres d’associations qui ont participé transmettent les connaissances acquises aux autres membres. Le GRDR en France diffuse l’outil auprès des professionnels de santé, des migrants, d’étudiants… Il valorise et capitalise l’expérience par des articles des communications scientifiques, des interventions lors de débats. Il actualise le support vidéo (de VHS à DVD).

> Au Mali : le GRDR à Kayes diffuse l’outil lors de forums de santé communautaire, de formations…
Perspectives: la méthode de conception de l’outil a été reprise dans différents contextes et par différents acteur-trices. L’outil a été décliné suivant différents domaines, par exemple : géographique (en Belgique et en Afrique centrale en 2003) ; genre (avec le film Sida, défis de femmes en 2005) ; générationnel (une association de jeunes nés en France créent une fiction dans Aimer est plus fort que le Sida en 2000).
Compétences
> Circulation de l’information et médiation : les capacités des migrants à faire passer un message de prévention « horizontal » ici et là-bas sont à la fois mobilisées et renforcées. La pertinence des lettres en ce sens est vérifiée.
> Plaidoyer : capacités à saisir, mettre en débat et s’approprier les discours préventifs, à s’exprimer devant la caméra. Le message porté par les migrants a un impact à plusieurs échelles : là-bas, le plaidoyer pour la décentralisation sanitaire via l’arrivée des antirétroviraux dans la région de Kayes contribue à faire passer le nombre de malades sous traitement de 4 en 2004 à 1000 fin 2008 ; ici, le débat sur la maladie contribue à changer les discours : les professionnels de santé reconnaissent le rôle actif des migrants ; ici et là-bas, les migrants et leurs proches abordent la « maladie sociale » qu’est le SIDA avec de moins en moins de tabous des années 1980 à 2007.
> Partenariat : les groupes de travail renforcent et mobilisent les compétences des migrants sur la prise de contact avec des personnes ressources. Le jumelage hospitaliser Kayes/Saint-Denis assure une durabilité de partenariat auquel les débats ont contribué.
> Dimension interculturelle : les lettres mobilisent les compétences linguistiques des migrants : certaines sont élaborées en Soninké, Pulaar, sous-titrées en français. La traduction est nécessaire pour l’efficience du message. La proximité culturelle et sociale des réalisateurs, des protagonistes et des spectateurs à la fois ici et là-bas contribue à la pertinence de la pratique.
NB : la position très politique des migrants acteurs de co-développement sanitaire les maintient dans l’ambigüité : chantres de la médecine « occidentale » silencieux sur un autre système de soin.
> Innovation : les migrants prennent part à un outil de prévention innovant dans les années 1990. Ils s’approprient la dimension image, qui est nouvelle dans les lettres orales : ils acceptent de se mettre en scène pour faire passer un message de prévention.
> La mise en place de groupes de travail pluri-acteurs (migrants, professionnels socio-sanitaires, GRDR…) participe à renforcer mutuellement les connaissances des acteurs impliqués par une meilleure compréhension des dimensions sociales, culturelles, de santé, (etc.) qui interviennent dans la prévention et le traitement du VIH/SIDA.
> Les compétences des migrants se renforcent aussi dans l’utilisation des outils de communication pour délivrer des messages à vocation sociale (de l’oralité de la cassette audio au support audio-visuel) avec la mobilisation d’un réalisateur professionnel.
> Appui constant du GRDR sur toute la durée de cette pratique et valorisation des compétences acquises par les migrants comme engagement citoyen.
Production de 8 lettres vidéos de prévention VIH/Sida et 20 en santé généraliste, plusieurs 100e de migrants et leurs familles sont parties prenantes de l’action, plusieurs milliers de migrants et leurs familles sont informés.
Les lettres-vidéos sont des outils de co-développement sanitaire qui ont fait leurs preuves sur un temps long de 15 ans. Elles ont prolongé le lien audio établi spontanément entre les migrantes et leurs proches à 5000 km de distance, l’ont adapté aux technologies de communication, et l’ont spécialisé en santé. Elles ont assuré la communication, le transfert des savoirs sur les maladies, le transfert des savoir-faire en prévention entre ici et là-bas, mais aussi et avant tout entre ici et ici. Le processus de réalisation de ces outils est ponctué de débats qui forment, informent, rassemblent, confrontent les migrant-es et les professionnels de santé en France. Les migrant-es y ont apporté aux professionnels de santé leurs compétences dans l’interculturel, dans la manière de mener le plaidoyer.
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Constats tirés de l’évaluation
Formulation d’indicateurs innovants valorisant les apports des mobilités humaines dans le développement des territoires
> Travail à l’échelle des familles (polygamies, situées dans deux espaces de vie et d’origine) pour répondre aux enjeux de la mobilité et de la composition des familles et pour une prise en charge d’un sujet à travers sa compréhension et sa réalité entre
> Schéma organisationnel de travail sur les deux espaces simultanément : des équipes sont identifiées dans les deux territoires de coopération pour l’analyse des contextes et pour l’élaboration du projet.
> Choix du thème de l’action portant sur des intérêts mutuels partagés par les acteurs dans les territoires d’origine ET de vie des migrants (ex : prévention et traitement du VIH-SIDA).
> Choix de l’échelle de l’action favorisant les impacts auprès des populations et des familles reliées entre les territoires d’origine et de vie (l’action tient compte du contexte de migration entre deux territoires pour renforcer son impact).
> Nécessité d’une connaissance avancée des enjeux de l’Action auprès des populations cibles dans les différents espaces de travail (ex : pays d’origine ET de vie des familles).
> Penser la réalisation de l’action auprès des populations et familles sur les territoires de vie et d’origine pour un relai de l'information et une diffusion plus ciblée (circulation des vidéos par les migrants séjournant temporairement dans le pays d’or
> Favoriser la reconnaissance de l’action par la force publique en s’appuyant sur des programmes et moyens de financements institutionnels dans le champ concerné (nationaux, locaux…).
> Diversification des types d’acteurs dans la conduite de l’action (associations de migrants, professionnels de santé, ONG, etc.) pour une appréhension globale des enjeux touchant les familles dans les différents espace de vie (origine et résidence).
> Renforcement des capacités techniques des migrants pour une pleine inclusion dans la réalisation de l’action et une capacité d’autonomisation aux côtés des partenaires.
> capacité de réalisation de l’action dans le « double espace » de la migration (vie et origine) pour une appropriation mutuelle des enjeux et une implication plus forte des acteurs concernés.
> Partir de ce que les migrants connaissent déjà pour aider à
> L’action se déploie simultanément dans les deux territoires de coopération en impliquant les ressortissants et leurs associations aux deux niveaux.
> Favoriser les capacités d’innovation dans la conduite de l’action en s’appuyant sur les compétences existant des partenaires impliqués.
> S’appuyer sur les migrants et leurs associations pour un relai de l’information et de l’action au sein des communautés locales moins faciles d’accès (familles et réseaux ici et là-bas).
Moyens humaines investis : les migrants sont impliqués à toutes les étapes du cycle de projet pour une capacité d’autonomisation de la décision et de formulation des choix pour répondre à des besoins individuels et familiaux.
S’appuyer sur les migrants et leurs associations pour un relai de l’information et de l’action au sein des communautés locales moins faciles d’accès (familles et réseaux ici et là-bas).
> Les messages portés par les migrants ont un impact à plusieurs échelles : dans le pays d’origine : le plaidoyer pour la décentralisation sanitaire via l’arrivée des antirétroviraux dans la région de Kayes contribue à faire passer le nombre de malades so
> Les associations de ressortissants sont renforcées dans leurs capacités de gestion autonome des actions dans les territoires d’origine et de résidence (sensibilisation aux enjeux de développement, transfert de compétences…).
> La participation des ressortissants des territoires d’origine dans la conduite de l’action favorisent des interactions fortes avec les populations locales et la possibilité d’accompagner un changement de regard ou de pratique pour une évolution durable des modes de faires à la fois dans les pays d’origine et de vie.
> Dans le cas d’une action de développement conduite simultanément avec les ressortissants de ces territoires ici, penser la production des délivrables comme des outils de réduction des distances géographiques et de connaissance des enjeux communs traités par l’action.
> Penser l’implication directe des migrants dans l’action comme un mode de renforcement des capacités de plaidoyer, de représentation, et d’être des interlocuteurs reconnus auprès d’autres acteurs professionnels dans le champs concerné.
> Maîtrise de la conception de l’outil par les principaux concernés : les migrants et leurs familles pour une capacité autonome de reproduire l’action au-delà du projet.
> Penser un outil déclinable et reproductible pour d’autres zones géographiques et d’autres thématiques (genre, intergénérationnel…).
> Travail partenarial pluri-acteurs = approche territoire et non projet = pour inscription plus large dans les enjeux locaux.
> Mise à jour des modes de communication pour une attractivité à plus long terme.
> Inclure les ressortissants des territoires de coopération des pays de résidence et d’origine dans le portage à long terme des actions du fait de leur capacité d’implantation double ici et là-bas.
> Favoriser une approche pluri-acteurs avec des représentants des différents champs concernés par l’action, dont les migrants et leurs associations, pour une prise de relai autonome auprès de nouveaux réseaux et publics cibles.